Eté 1996, je traversais les moments les plus sombres et les plus douloureux de ma vie. A cette même époque, je découvrais un lieu de VIE en Eglise pour les personnes concernées directement ou non par l’homosexualité.

Combien d’années me suis-je cru maudit, indigne d’être Fils de Dieu, indigne d’être invité au festin des noces de l’Agneau, indigne d’exister, tout simplement ?

Combien de temps passé à me dire que « ça passera », qu’avec de bonnes fiançailles, la question serait réglée et que tout rentrerait dans l’ordre ?… L’ordre naturel des choses !

Combien de temps passé à crier vers Toi Seigneur pour que tu me « guérisses », à en devenir malade ?!

Combien de soirées passées avec ma solitude, à laisser couler mes larmes, avec mes doutes, mes questions sans réponses (quelle fécondité ? à qui en parler ?…) et une vision de mon présent et de mon avenir si terne et misérable ?

Combien de temps à faire semblant, à en devenir fou !

Je n’ai jamais douté de toi Seigneur, mais Tu semblais si loin, ne répondant pas à mes appels incessants, me laissant en proie avec mes peurs, toutes celles qui me rongeaient de l’intérieur.

J’étais anéanti par tant d’énergies déployées « à me combattre », m’enfonçant dans cette culpabilité sournoise et destructrice. Tous mes repères flanchaient, tous les accompagnements…

J’ai si souvent eu peur que de prononcer le mot « homosexuel » me trahisse.

 

Je criais vers Toi de toutes mes forces.

 

 

Et Tu m’as répondu !

 

 

La découverte d’un article annonçant une retraite spirituelle pour des chrétiens homosexuels et leurs proches, à quelques kilomètres de chez moi, a été un grand choc !

 

Rencontrer des personnes vivant la même réalité affective, ne plus être seul à porter mon fardeau, voir des gens rire, prier, rendre grâce pour leur vie !

 

Comment ça « rendre grâce pour leur vie » ?!

 

Au cours d’une sieste, épuisé par toutes les rencontres, les partages et ce lâcher-prise qui commençait, je cognais doucement contre la cloison de ma chambre pour demander que les personnes occupant la chambre voisine, parlent moins fort.

 

C’est alors qu’un membre de l’association frappa à ma porte et m’invita à échanger avec eux. J’écoutais les partages des uns, les témoignages des autres et je commençais à me livrer, me sentant en sécurité, sans peur du jugement.

 

 

 

 

Suite à cette retraite, l’association fêtait ses 10 ans d’existence. Tu me parlais à travers telle mère d’enfant homosexuel, telle épouse dont le mari est homosexuel, telle religieuse homosexuelle… Tu me disais que la vie vaut la peine d’être vécue, que l’amour est plus fort que la mort ; que ce que je vivais comme une amputation n’était pas un obstacle à l’amour de Dieu.

 

Et ce prêtre, nous disant que Jésus n’a pas voulu ce que nous vivions :

 

« toi qui est homosexuel, toi le parent d’un enfant homosexuel…», ajoutant de toutes ses forces, « qu’une fois arrivés au Paradis, Jésus se mettra à genoux pour te demander pardon pour tout cela ».

 

Bien sûr, c’est une image. Mais, elle contrastait avec tout ce que j’avais entendu jusqu’à maintenant de la part de l’Eglise institutionnelle.

 

 

 

Je sentais se déverrouiller en moi les portes de mes prisons. Je sentais « le flot de mon unité intérieure » monter, monter jusqu’à déborder.

 

Je pouvais chanter, danser, prier, rendre grâce… je n’en revenais pas !

 

Je retrouvais, avec le temps, une unité et une paix intérieures. Je me reconstruisais. Je me sentais aimé tel que j’étais, tel que je suis. J’arrivais « à m’accueillir » Enfant de Dieu, à m’accepter. S’accepter : condition incontournable pour appréhender demain avec courage et sérénité, car il me restait encore beaucoup à faire par rapport à la famille, aux amis…

 

Que Devenir Un En Christ soit toujours un lieu de vie, de paix et d’accueil inconditionnel de l’autre, quel que soit son état de vie.

 

Seigneur, tu es mon Berger, là où Tu me conduis, je ne manque de rien.

 

Patrick